Amar Imache a écrit en 1937 (après la dissolution de l’ENA) :
“…Donc, si les temps des croisades sont révolus, si l’idée de justice et d’égalité anime vraiment les hommes, rien ne s’oppose à ce que l’Algérie soit libre et vive en harmonie avec le progrès et en fraternité avec tous ceux qui veulent lui tendre une main loyale et fraternelle. C’est pourquoi nous disons et dirons toujours aux Algériens que nous avons le droit de revendiquer nos droits en tant qu’Algériens, rien qu’en qualité d’Algériens, uniquement en nationalistes algériens. revendiquer la citoyenneté française pour avoir un bulletin de vote est un leurre et un contre-sens, d’autant plus qu’il ne peut être accordé qu’à une minorité alors que nous sommes la majorité et nous disons aussi à la France que l’Angleterre a agit sagement et a réalisé une bonne affaire en faisant de l’Egypte son alliée. N’était-ce pas préférable que d’être adversaire ? Qu’en pense le peuple français qui aime tant la liberté ? Qu’en pensent les Français hostiles à l’assimilation ? Qu’en pensent aussi nos oulémas ? Est-il vraiment interdit, impossible d’être libres ? Dans la négative et si on suivait certains raisonnements, aucune puissance ne peut être libre. La France était vaincue par l’Allemagne, elle s’est pourtant libérée depuis 71 tout en achevant ses conquêtes. L’Allemagne elle-même était vaincue en 1918, la voilà libre. De plus petites nations, telles l’Egypte, la Syrie et L’Irak se sont libérées. D’autres y travaillent dans le même but, pourquoi ferait-on exception pour l’Algérie ? Est-il juste que l’un se flatte de son origine et qu’un autre en rougisse ? Notre pays n’est-il pas attaché, tout comme les autres, à ses traditions ? A son histoire ? Notre pays n’est pas une île déserte à la merci du premier qui la trouve. Il appartient de droit à son peuple. Aucune force ne saurait prévaloir sur la raison et la justice. L’Algérie est notre héritage, elle nous vient des glorieux martyrs qui sont morts pour nous la conserver. Elle nous vient de tous ceux qui, à travers les âges se sont sacrifiés pour chasser de chez nous et Vandales et Romains. Et si au lieu de Okbi c’était Okba, quel langage tiendrait-il ? O ! vous dont la grandeur et le renom s’enfoncent chaque jour dans la légende ! Vous tous, chevaleresques guerriers d’antan, dont le sable du désert a recouvert les traces mais dont les ombres hantent encore l’ “Ifriquia”, que diriez-vous si vous étiez de ce monde ? Ah ! si au lieu de narrer une triste réalité, j’écrivais un roman ! Je laisserais mon imagination parcourir toutes les contrées que vous avez foulées. Je demanderais aux montagnes d’abaisser leurs cimes et aux dunes de se tasser. Et par delà les monts et les vallées, j’essaierais de distinguer les innombrables silhouettes des soldats de l’islam libre et la multitude de leurs caravanes. Peut-être le grand désert qui conserve si bien les vestiges du passé a-t-il aussi conservé le murmure de leur voix. Peut-être le crissement du sable toujours instable et toujours immuable parle-t-il encore de ceux qui ignoraient la servitude. Qui sait si les voûtes mystérieuses de l’Atlantide ne recèlent pas toujours les échos de leurs rires et de leurs appels ? Si les Algériens, dans un instant de suprême recueillement écoutaient, peut-être la mémoire de ceux qui ont tout lieu de désespérer de nous, ferait le miracle de nous inspirer et du fin fond de l’immense désert, une voix puissante nous crierait : Halte ! où allez-vous peuple égaré ? Votre route était tracée depuis des siècles. Allons ! demi-tour et face à l’Orient ! C’est de là qu’est venue la foi , c’est là qu’étaient lancés les premiers mots d’ordre pour la fraternité et l’égalité entre les races qu’elles soient blanche, jaune ou noire. C’est là que les puissants et les humbles ont le même titre, c’est là que vous aurez la paix et le salut.”
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