Amar Imache a écrit en 1939 (à la veille de la seconde guerre mondiale) :
« … La convoitise étrangère a quitté le domaine de projet ou de rêve. Elle est énoncée officiellement et nettement et n’attend plus que l’heure propice pour rentrer dans le domaine des faits et des actes. La gravité de cette situation n’échappe à personne certes ! Et nous ne ferons à aucun l’injure de la sous-estimer, aussi bien dans les sphères gouvernementales que dans l’opinion dans son ensemble. Nous savons que l’inquiétude est générale et que les indifférents ne peuvent rester insensibles aux efforts conjugués de la harangue, de la presse et de l’écran. Aussi, notre intention est moins de jeter l’alarme, mais plutôt d’examiner l’efficacité des mesures et des solutions envisagées, et si chacun entrevoit ce danger et ses conséquences sous le même – et surtout – sous son véritable aspect. Tel est, à notre avis, le point capital. Or, s’il y a unanimité quant à la réalité des faits, il y a malheureusement, une grande divergence de vue à la fois dans les sentiments et dans les moyens pratiques. En effet, tout en tenant compte, en attachant une haute importance aux déclarations, disons fermes et catégoriques, des hommes au pouvoir ou chefs de partis, force nous est de relever, tout d’abord, la façon dont certains présentent la question coloniale. La regardant du strict point de vue métropolitain et sous l’angle du plus pur égoïsme, ils s’opposent, contre une cession ou rétrocession de territoire, uniquement parce que cela constituerait un préjudice à leurs intérêts, et une menace éventuelle pour le reste de « leurs colonies ». Partant de cette pitoyable mentalité, se gargarisant d’adjectifs possessifs au moment même où leur propre liberté est mise en cause, ils vont jusqu ‘à s’inquiéter des ravages possibles de la propagande italienne ou allemande, donc à suspecter la « fidélité » de leurs « sujets ».
Disons, sans tarder que le problème est ainsi posé à l’envers, et rien ne saurait nous affliger et nous indigner autant que ceux qui supputent de cette manière leur chance de salut. L’injure qu’ils nous font est égale et aussi grave que celle des Etats qui forment le projet de nous conquérir. Nous déclarons donc que les Africains sont les premiers intéressés sur ce chapitre et que, par conséquent, ils sont non seulement acquis à la défense de leur pays, mais qu’au contraire, étant conscients d’être des hommes et non du bétail, ils dénient aux uns et aux autres, aussi bien le droit de céder que celui de les marchander, ou celui de les convoiter. Quant à la propagande étrangère qui serait faite ou à faire, la responsabilité en incombe entièrement au colonialisme. C’est lui qui a semé le vent ; à la France, au peuple français de voir s’il doit réparer le mal pour éviter de récolter la tempête.
Puisse-t-il s’inquiéter autant que nous et avoir la même conception du danger que la nôtre. Puisse-t-il épauler notre action pour rendre cette défense efficace dans notre intérêt commun ! Il ne peut méconnaître les sentiments d’humanité, ni ceux de fraternité et de solidarité, ni ceux de protection qui lui font un devoir, vis-à-vis des peuples, sous la tutelle de la France. Pour ce faire, nous estimons qu’il convient de donner aux Africains, le sentiment qu’ils ont quelque chose à défendre, et leur en assurer les moyens pratiques.
Habitués à la franchise et, les circonstances graves nous en faisant même une obligation, nous rappelons ici certaines fautes à l’origine de notre malheur, et dont la France, à son tour, risque de faire les frais. Il s’agit de la légèreté avec laquelle le colonialisme a, non seulement accueilli, mais attiré, sollicité les étrangers, à venir aux colonies, comme des facilités inconcevables accordées pour leur installation, et dont la complaisance aveugle n’a d’égal que l’ardeur apportée à l’élimination systématique de « l’indigène » de toute la vie économique, sociale et politique de notre pays. De ces fautes initiales, il en est résulté que l’élément étranger a pris goût à la beauté et aux richesses du pays et, – ce qui ne gâte rien – à l’autorité qui lui est accordée sur les habitants.
Comment s’étonner, dès lors, que, se croyant suffisamment enraciné sur notre sol, il se paie maintenant d’audace et entend y demeurer en maître ? Comment s’étonner que l’étranger jette maintenant son masque, et montre les dents puisqu’il croit avoir suffisamment ruiné et isolé la France ? Puisque l’autochtone n’a pas le droit de cité chez lui, tenu à l’écart dans sa misère et son ignorance, dans une atmosphère de méfiance stupide, voué à la haine et au mépris que rien ne justifie ? La France daigne maintenant se souvenir de nous pour nous associer à ses alarmes et au danger qui la menace elle-même. Avons-nous pourtant assez crié à l’intrus et contre la mauvaise, contre la funeste administration des colons ? N’est-ce pas cela qui nous a valu d’être traînés devant les tribunaux et condamnés comme des malfaiteurs ? …»
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