lundi 12 février 2018

AMAR IMACHE : BIOGRAPHIE

Imache Amar né le 7 juillet 1895 dans le village d’Ait-Mesbah, en Kabylie, dans l’actuelle commune d’Ath-Douala dans une famille de petits agriculteurs sans héritage économique ou politique, mort le 7 février 1960 est l’un des pionniers du nationalisme algérien. Vers l’âge de 8 ou 9 ans, il entre à l’école primaire de Taguemount-Oukerrouche, village de ses grands-parents maternels, distant de 2 km environ d’Ait-Mesbah et suit une scolarité primaire presque complète avec l’instituteur Ferrys, un Vosgien. Il commence à travailler très tôt, d’abord pour aider ses parents, puis pour gagner sa vie dans la Mitidja. Il émigre en France au milieu de la première guerre mondiale. Il y travailla dans diverses usines et entreprises comme l’attestent ses différents certificats de travail : - Manufacture Française des Pneumatiques Michelin à Clermont-Ferrand du 30 avril au 17 novembre 1917 puis dans l’Etablissement des Constructions et Armes Navales dans la Charente du 6 décembre 1917 au 23 juillet 1918. En 1920, il descend dans les mines de charbon du Pas-de-Calais, où il fut affecté comme mineur de fond du 7 avril 1920 au 4 avril 1922. En 1924, il est à Paris où travaille la majorité des ouvriers Nord-Africains, dont environ 100 000 Algériens et quelques milliers de Marocains et Tunisiens. Le 7 décembre 1924, fut crée un syndicat dénommé le Congrès des Ouvriers Nord-Africains de la Région Parisienne, pour défendre les droits de ces derniers. En mars 1926, ce syndicat devient un parti politique : L’Etoile Nord-Africaine qui revendique l’indépendance de l’Afrique du Nord et prône la lutte pour le progrès social. Vers 1925, il commence donc à glisser dans un autre monde, même si ce monde est encore celui de l’émigration. C’est la grande immersion dans une autre modalité de la communauté faite d’acculturation, avec ce qu’elle suppose d’arrachement et de métamorphose. Le 4 juin 1926, il est embauché en qualité d’Ouvrier Spécialisé à la parfumerie Roger & Gallet à Paris, et ce, jusqu’à décembre 1934. De simple militant, à la création de l’Etoile Nord-Africaine en 1926, où il s’affirme par ses positions anticolonialistes et ses convictions de nationaliste qui revendique l’indépendance de l’Afrique en général et de l’Algérie en particulier, il devient le n° 2 incontesté de l’Etoile au début des années 1930. Il était un rassembleur et un orateur hors du commun. A la création du journal « El-Ouma » en octobre 1930, Amar Imache fut désigné en qualité de Gérant et Messali comme Directeur Politique. Lors de l’assemblée générale du 28 mai 1933, on procéda à l’élection d’un Comité Central composé de 30 personnes dont les principaux élus furent Messali, Imache, Radjef, Si Djilani, Moussaoui Rabah, Rebouh, Sefar et Banoune. Au Comité Directeur, on retrouve Messali comme Président et Directeur d’El Ouma, Imache comme Secrétaire Général et Rédacteur en Chef du journal et Radjef comme Trésorier. En novembre 1934, l’Etoile est de nouveau dissoute et ses principaux dirigeants arrêtés.Amar Imache est condamné le 5 novembre 1934 à 6 mois de prison et 2000 francs d’amende. Libéré en mai 1935, il reprend sa place au sein de la direction de l’Etoile. En 1936, il dénonce le projet Blum-Violette, selon lequel : « pour libérer l’Algérie, il faut d’abord la rattacher à la France » et « pour être citoyen Algérien, il faut d’abord être citoyen Français assimilé ». Il dénonce cette entreprise de division, visant cette fois à séparer le peuple algérien de son élite et soutient que : « Le premier gouvernement à forme républicaine et démocratique fut institué en Kabylie pendant qu’en France et ailleurs on ignorait ces mots » (l’Algérie au Carrefour). Amar Imache – Biographie complète

Amar Imache

Biographie – parcours politique et intellectuel

Ces déclarations lui valent une nouvelle condamnation, puisque le 11 décembre 1935, il est de nouveau incarcéré en compagnie de Radjef et Si Djilani. Libérés quelques mois plus tard, ils sont déterminés plus que jamais à continuer le combat contre l’impérialisme.

Pendant ce temps (de décembre 1935 à juin 1936), Messali était à Genève chez son ami Chakib Arslan pour se soustraire aux arrestations. Cette fuite lui sera reprochée dès son retour en juin 1936, par Amar Imache.

Une première divergence va donc opposer les deux hommes au cours de l’été 1936. Il lui a reproché également son long séjour en Algérie (août à novembre 1936), non approuvé par le Comité Directeur ainsi que l’atteinte au fonctionnement démocratique de l’Organisation et le culte de la personnalité.

Le 7 juin 1936, se déroule à Alger, dans la salle Majestic (actuelle Atlas), le Congrès musulman qui réunit les Oulémas, le Parti communiste algérien et les élus. Tous acquis au projet Blum-Violette qui préconise l’octroi de la nationalité française à quelques 20 000 ou 25 000 notables indigènes.

Ce projet affecte considérablement Amar Imache qui réagit en ces termes : « Ce titre d’Algérien est-il insuffisant pour jouir des mêmes droits que tous les hommes ? Ainsi, pour être libre, il faut se vendre d’abord ? Pour libérer l’Algérie, il faut la rattacher d’abord ? Et pour être citoyen algérien, il faut d’abord être citoyen français et assimilé ? (voir l’Algérie au Carrefour p.30 et 31).

Ah ! Que voilà des moyens pratiques et ingénieux pour arriver plus vite à ce qu’on désire.

Par ailleurs, ce Congrès d’où les membres de l’Etoile nord-africaine ont été systématiquement écartés, a été dénoncé vigoureusement lors du meeting organisé à ce propos par l’Etoile, le 31 juillet 1936 à la salle du Palais de la Mutualité à Paris en présence de 6000 participants (voir l’Algérie au Carrefour p. 184 – 185).

En octobre 1936, alors qu’il s’était déplacé à Lyon dans le cadre des activités de l’Etoile, en son absence, des négociations tripartites étaient engagées entre l’Ambassade d’Espagne, le Parti Communiste français et l’Etoile nord-africaine pour l’envoi de militants algériens dans les brigades internationales, moyennant une aide financière.

Ayant eu vent de ce qui se tramait, il rentre immédiatement à Paris et fait avorter ces négociations.

Il y a lieu de préciser que ces brigades internationales étaient sollicitées pour se rendre en Espagne, théâtre d’une guerre civile suite à la prise de pouvoir par la force du dictateur le général Franco après un putsch qui a renversé le Front populaire qui gouvernait sous la 2ème République.

Parallèlement, l’Espagne faisait face également à un soulèvement des Berbères marocains du Rif, sous la conduite du Chef Abdelkrim el Khettabi qui combattait l’occupation espagnole depuis 1921.

« Nombre d’historiens rapportent que la série de dissolutions de l’E.N.A et les nombreuses arrestations d’Imache Amar sont dues au fait qu’il s’était fermement opposé au P.C.F et à Messali, lorsque ce dernier voulut envoyer en Espagne des brigades composées d’Algériens pour aider le Front Populaire espagnol (F.P.E) allié de la France.

Le P.C.F avait fait miroiter en contrepartie de cette aide, l’octroi de biens matériels et financiers à l’adresse de l’E.N.A, en plus de la mise à disposition de locaux et l’attribution d’honoraires aux membres permanents de sa direction.

Mais il était inconcevable pour Imache Amar et ses incorruptibles compagnons que des Algériens soutiennent cette alliance franco-espagnole qui refusait l’indépendance de leurs frères marocains, après avoir combattu la première république amaziɣe du Rif créée par Abdelkrim… »

(passages extraits de l’ouvrage La nuit au bout du tunnel d’Abdelkrim Messaili).

Le conflit latent entre Imache et Messali va s’exacerber lors de la dernière assemblée générale de l’Etoile, le 27 décembre 1936. Amar Imache et Messali Hadj se succèdent à la tribune pour exposer chacun sa conception de la politique et sa vision pour l’Algérie de demain.

Lors de son intervention, Amar Imache bute contre l’hostilité de certains militants qui étouffent ses propos dans le chahut et les cris : « Vive Messali ! ». Il réplique : « Un parti doit suivre un programme et non se mettre à la remorque d’un homme ! ».

Le 26 janvier 1937, le Front populaire soutenu par le Parti Communiste français, prononce la dissolution définitive de l’Etoile nord-africaine.

Dans son édition du 29 janvier 1937, le journal « l’Humanité » écrit à ce propos : « M. Badin Commissaire spécial à la police judiciaire, s’est rendu hier 28 janvier, au siège de l’Association “l’Etoile nord-africaine” 1, rue Basse-des-Carmes. Le Magistrat a notifié à M. Imache Amar Secrétaire Général de l’Association, le décret de dissolution de “l’Etoile nord-africaine”, pris en Conseil des ministres le 26 janvier courant. »

Le 11 mars 1937, création du Parti du Peuple Algérien (PPA) par Messali Hadj. Amar Imache n’adhère pas à ce parti dont il juge le programme en retrait par rapport à celui de l’ENA qui avait inscrit l’indépendance de l’Algérie comme 1er point dans ses revendications.

Il se retrouve sans parti, sans travail et sans argent. Commence alors pour lui la traversée du désert.

Il survit grâce à ses amis qui le prennent en charge, notamment BEDEK Mohamed, un militant de l’Etoile originaire d’Aguemoun (Ath Aissi) qui l’hébergea un moment à Lyon.

Il écrira ainsi durant cette même année 1937, son 1er opuscule « l’Algérie au Carrefour – La Marche vers l’Inconnu ».

Cette brochure est un vrai réquisitoire contre la dissolution de l’Etoile nord-africaine et le projet Blum-Violette de 1936 qui prône l’assimilation et le rattachement de l’Algérie à la France.

En 1939, il écrira sa 2e brochure : « L’Afrique dans l’Angoisse » dans laquelle il dénonce la convoitise étrangère et l’attitude française en Afrique.

Cette brochure, il la payera cher. Les Allemands l’arrêteront au début des années 1940 et sera déporté dans des camps de concentration en Allemagne. Il ne sera libéré qu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Il revient complètement usé et malade et gardera des séquelles (paralysie des membres inférieurs) jusqu’à sa mort en 1960.

En février 1947, il rentre définitivement en Algérie.

Amar Imache décède dans la nuit du 6 au 7 février 1960, laissant 5 enfants en bas âge.