Amar Imache
Ces déclarations lui valent une nouvelle condamnation, puisque le 11 décembre 1935, il est de nouveau incarcéré en compagnie de Radjef et Si Djilani. Libérés quelques mois plus tard, ils sont déterminés plus que jamais à continuer le combat contre l’impérialisme.
Pendant ce temps (de décembre 1935 à juin 1936), Messali était à Genève chez son ami Chakib Arslan pour se soustraire aux arrestations. Cette fuite lui sera reprochée dès son retour en juin 1936, par Amar Imache.
Une première divergence va donc opposer les deux hommes au cours de l’été 1936. Il lui a reproché également son long séjour en Algérie (août à novembre 1936), non approuvé par le Comité Directeur ainsi que l’atteinte au fonctionnement démocratique de l’Organisation et le culte de la personnalité.
Le 7 juin 1936, se déroule à Alger, dans la salle Majestic (actuelle Atlas), le Congrès musulman qui réunit les Oulémas, le Parti communiste algérien et les élus. Tous acquis au projet Blum-Violette qui préconise l’octroi de la nationalité française à quelques 20 000 ou 25 000 notables indigènes.
Ce projet affecte considérablement Amar Imache qui réagit en ces termes : « Ce titre d’Algérien est-il insuffisant pour jouir des mêmes droits que tous les hommes ? Ainsi, pour être libre, il faut se vendre d’abord ? Pour libérer l’Algérie, il faut la rattacher d’abord ? Et pour être citoyen algérien, il faut d’abord être citoyen français et assimilé ? (voir l’Algérie au Carrefour p.30 et 31).
Ah ! Que voilà des moyens pratiques et ingénieux pour arriver plus vite à ce qu’on désire.
Par ailleurs, ce Congrès d’où les membres de l’Etoile nord-africaine ont été systématiquement écartés, a été dénoncé vigoureusement lors du meeting organisé à ce propos par l’Etoile, le 31 juillet 1936 à la salle du Palais de la Mutualité à Paris en présence de 6000 participants (voir l’Algérie au Carrefour p. 184 – 185).
En octobre 1936, alors qu’il s’était déplacé à Lyon dans le cadre des activités de l’Etoile, en son absence, des négociations tripartites étaient engagées entre l’Ambassade d’Espagne, le Parti Communiste français et l’Etoile nord-africaine pour l’envoi de militants algériens dans les brigades internationales, moyennant une aide financière.
Ayant eu vent de ce qui se tramait, il rentre immédiatement à Paris et fait avorter ces négociations.
Il y a lieu de préciser que ces brigades internationales étaient sollicitées pour se rendre en Espagne, théâtre d’une guerre civile suite à la prise de pouvoir par la force du dictateur le général Franco après un putsch qui a renversé le Front populaire qui gouvernait sous la 2ème République.
Parallèlement, l’Espagne faisait face également à un soulèvement des Berbères marocains du Rif, sous la conduite du Chef Abdelkrim el Khettabi qui combattait l’occupation espagnole depuis 1921.
« Nombre d’historiens rapportent que la série de dissolutions de l’E.N.A et les nombreuses arrestations d’Imache Amar sont dues au fait qu’il s’était fermement opposé au P.C.F et à Messali, lorsque ce dernier voulut envoyer en Espagne des brigades composées d’Algériens pour aider le Front Populaire espagnol (F.P.E) allié de la France.
Le P.C.F avait fait miroiter en contrepartie de cette aide, l’octroi de biens matériels et financiers à l’adresse de l’E.N.A, en plus de la mise à disposition de locaux et l’attribution d’honoraires aux membres permanents de sa direction.
Mais il était inconcevable pour Imache Amar et ses incorruptibles compagnons que des Algériens soutiennent cette alliance franco-espagnole qui refusait l’indépendance de leurs frères marocains, après avoir combattu la première république amaziɣe du Rif créée par Abdelkrim… »
(passages extraits de l’ouvrage La nuit au bout du tunnel d’Abdelkrim Messaili).
Le conflit latent entre Imache et Messali va s’exacerber lors de la dernière assemblée générale de l’Etoile, le 27 décembre 1936. Amar Imache et Messali Hadj se succèdent à la tribune pour exposer chacun sa conception de la politique et sa vision pour l’Algérie de demain.
Lors de son intervention, Amar Imache bute contre l’hostilité de certains militants qui étouffent ses propos dans le chahut et les cris : « Vive Messali ! ». Il réplique : « Un parti doit suivre un programme et non se mettre à la remorque d’un homme ! ».
Le 26 janvier 1937, le Front populaire soutenu par le Parti Communiste français, prononce la dissolution définitive de l’Etoile nord-africaine.
Dans son édition du 29 janvier 1937, le journal « l’Humanité » écrit à ce propos : « M. Badin Commissaire spécial à la police judiciaire, s’est rendu hier 28 janvier, au siège de l’Association “l’Etoile nord-africaine” 1, rue Basse-des-Carmes. Le Magistrat a notifié à M. Imache Amar Secrétaire Général de l’Association, le décret de dissolution de “l’Etoile nord-africaine”, pris en Conseil des ministres le 26 janvier courant. »
Le 11 mars 1937, création du Parti du Peuple Algérien (PPA) par Messali Hadj. Amar Imache n’adhère pas à ce parti dont il juge le programme en retrait par rapport à celui de l’ENA qui avait inscrit l’indépendance de l’Algérie comme 1er point dans ses revendications.
Il se retrouve sans parti, sans travail et sans argent. Commence alors pour lui la traversée du désert.
Il survit grâce à ses amis qui le prennent en charge, notamment BEDEK Mohamed, un militant de l’Etoile originaire d’Aguemoun (Ath Aissi) qui l’hébergea un moment à Lyon.
Il écrira ainsi durant cette même année 1937, son 1er opuscule « l’Algérie au Carrefour – La Marche vers l’Inconnu ».
Cette brochure est un vrai réquisitoire contre la dissolution de l’Etoile nord-africaine et le projet Blum-Violette de 1936 qui prône l’assimilation et le rattachement de l’Algérie à la France.
En 1939, il écrira sa 2e brochure : « L’Afrique dans l’Angoisse » dans laquelle il dénonce la convoitise étrangère et l’attitude française en Afrique.
Cette brochure, il la payera cher. Les Allemands l’arrêteront au début des années 1940 et sera déporté dans des camps de concentration en Allemagne. Il ne sera libéré qu’à la fin de la seconde guerre mondiale.
Il revient complètement usé et malade et gardera des séquelles (paralysie des membres inférieurs) jusqu’à sa mort en 1960.
En février 1947, il rentre définitivement en Algérie.
Amar Imache décède dans la nuit du 6 au 7 février 1960, laissant 5 enfants en bas âge.
