lundi 12 février 2018

AMAR IMACHE : BIOGRAPHIE

Imache Amar né le 7 juillet 1895 dans le village d’Ait-Mesbah, en Kabylie, dans l’actuelle commune d’Ath-Douala dans une famille de petits agriculteurs sans héritage économique ou politique, mort le 7 février 1960 est l’un des pionniers du nationalisme algérien. Vers l’âge de 8 ou 9 ans, il entre à l’école primaire de Taguemount-Oukerrouche, village de ses grands-parents maternels, distant de 2 km environ d’Ait-Mesbah et suit une scolarité primaire presque complète avec l’instituteur Ferrys, un Vosgien. Il commence à travailler très tôt, d’abord pour aider ses parents, puis pour gagner sa vie dans la Mitidja. Il émigre en France au milieu de la première guerre mondiale. Il y travailla dans diverses usines et entreprises comme l’attestent ses différents certificats de travail : - Manufacture Française des Pneumatiques Michelin à Clermont-Ferrand du 30 avril au 17 novembre 1917 puis dans l’Etablissement des Constructions et Armes Navales dans la Charente du 6 décembre 1917 au 23 juillet 1918. En 1920, il descend dans les mines de charbon du Pas-de-Calais, où il fut affecté comme mineur de fond du 7 avril 1920 au 4 avril 1922. En 1924, il est à Paris où travaille la majorité des ouvriers Nord-Africains, dont environ 100 000 Algériens et quelques milliers de Marocains et Tunisiens. Le 7 décembre 1924, fut crée un syndicat dénommé le Congrès des Ouvriers Nord-Africains de la Région Parisienne, pour défendre les droits de ces derniers. En mars 1926, ce syndicat devient un parti politique : L’Etoile Nord-Africaine qui revendique l’indépendance de l’Afrique du Nord et prône la lutte pour le progrès social. Vers 1925, il commence donc à glisser dans un autre monde, même si ce monde est encore celui de l’émigration. C’est la grande immersion dans une autre modalité de la communauté faite d’acculturation, avec ce qu’elle suppose d’arrachement et de métamorphose. Le 4 juin 1926, il est embauché en qualité d’Ouvrier Spécialisé à la parfumerie Roger & Gallet à Paris, et ce, jusqu’à décembre 1934. De simple militant, à la création de l’Etoile Nord-Africaine en 1926, où il s’affirme par ses positions anticolonialistes et ses convictions de nationaliste qui revendique l’indépendance de l’Afrique en général et de l’Algérie en particulier, il devient le n° 2 incontesté de l’Etoile au début des années 1930. Il était un rassembleur et un orateur hors du commun. A la création du journal « El-Ouma » en octobre 1930, Amar Imache fut désigné en qualité de Gérant et Messali comme Directeur Politique. Lors de l’assemblée générale du 28 mai 1933, on procéda à l’élection d’un Comité Central composé de 30 personnes dont les principaux élus furent Messali, Imache, Radjef, Si Djilani, Moussaoui Rabah, Rebouh, Sefar et Banoune. Au Comité Directeur, on retrouve Messali comme Président et Directeur d’El Ouma, Imache comme Secrétaire Général et Rédacteur en Chef du journal et Radjef comme Trésorier. En novembre 1934, l’Etoile est de nouveau dissoute et ses principaux dirigeants arrêtés.Amar Imache est condamné le 5 novembre 1934 à 6 mois de prison et 2000 francs d’amende. Libéré en mai 1935, il reprend sa place au sein de la direction de l’Etoile. En 1936, il dénonce le projet Blum-Violette, selon lequel : « pour libérer l’Algérie, il faut d’abord la rattacher à la France » et « pour être citoyen Algérien, il faut d’abord être citoyen Français assimilé ». Il dénonce cette entreprise de division, visant cette fois à séparer le peuple algérien de son élite et soutient que : « Le premier gouvernement à forme républicaine et démocratique fut institué en Kabylie pendant qu’en France et ailleurs on ignorait ces mots » (l’Algérie au Carrefour). Amar Imache – Biographie complète

Amar Imache

Biographie – parcours politique et intellectuel

Ces déclarations lui valent une nouvelle condamnation, puisque le 11 décembre 1935, il est de nouveau incarcéré en compagnie de Radjef et Si Djilani. Libérés quelques mois plus tard, ils sont déterminés plus que jamais à continuer le combat contre l’impérialisme.

Pendant ce temps (de décembre 1935 à juin 1936), Messali était à Genève chez son ami Chakib Arslan pour se soustraire aux arrestations. Cette fuite lui sera reprochée dès son retour en juin 1936, par Amar Imache.

Une première divergence va donc opposer les deux hommes au cours de l’été 1936. Il lui a reproché également son long séjour en Algérie (août à novembre 1936), non approuvé par le Comité Directeur ainsi que l’atteinte au fonctionnement démocratique de l’Organisation et le culte de la personnalité.

Le 7 juin 1936, se déroule à Alger, dans la salle Majestic (actuelle Atlas), le Congrès musulman qui réunit les Oulémas, le Parti communiste algérien et les élus. Tous acquis au projet Blum-Violette qui préconise l’octroi de la nationalité française à quelques 20 000 ou 25 000 notables indigènes.

Ce projet affecte considérablement Amar Imache qui réagit en ces termes : « Ce titre d’Algérien est-il insuffisant pour jouir des mêmes droits que tous les hommes ? Ainsi, pour être libre, il faut se vendre d’abord ? Pour libérer l’Algérie, il faut la rattacher d’abord ? Et pour être citoyen algérien, il faut d’abord être citoyen français et assimilé ? (voir l’Algérie au Carrefour p.30 et 31).

Ah ! Que voilà des moyens pratiques et ingénieux pour arriver plus vite à ce qu’on désire.

Par ailleurs, ce Congrès d’où les membres de l’Etoile nord-africaine ont été systématiquement écartés, a été dénoncé vigoureusement lors du meeting organisé à ce propos par l’Etoile, le 31 juillet 1936 à la salle du Palais de la Mutualité à Paris en présence de 6000 participants (voir l’Algérie au Carrefour p. 184 – 185).

En octobre 1936, alors qu’il s’était déplacé à Lyon dans le cadre des activités de l’Etoile, en son absence, des négociations tripartites étaient engagées entre l’Ambassade d’Espagne, le Parti Communiste français et l’Etoile nord-africaine pour l’envoi de militants algériens dans les brigades internationales, moyennant une aide financière.

Ayant eu vent de ce qui se tramait, il rentre immédiatement à Paris et fait avorter ces négociations.

Il y a lieu de préciser que ces brigades internationales étaient sollicitées pour se rendre en Espagne, théâtre d’une guerre civile suite à la prise de pouvoir par la force du dictateur le général Franco après un putsch qui a renversé le Front populaire qui gouvernait sous la 2ème République.

Parallèlement, l’Espagne faisait face également à un soulèvement des Berbères marocains du Rif, sous la conduite du Chef Abdelkrim el Khettabi qui combattait l’occupation espagnole depuis 1921.

« Nombre d’historiens rapportent que la série de dissolutions de l’E.N.A et les nombreuses arrestations d’Imache Amar sont dues au fait qu’il s’était fermement opposé au P.C.F et à Messali, lorsque ce dernier voulut envoyer en Espagne des brigades composées d’Algériens pour aider le Front Populaire espagnol (F.P.E) allié de la France.

Le P.C.F avait fait miroiter en contrepartie de cette aide, l’octroi de biens matériels et financiers à l’adresse de l’E.N.A, en plus de la mise à disposition de locaux et l’attribution d’honoraires aux membres permanents de sa direction.

Mais il était inconcevable pour Imache Amar et ses incorruptibles compagnons que des Algériens soutiennent cette alliance franco-espagnole qui refusait l’indépendance de leurs frères marocains, après avoir combattu la première république amaziɣe du Rif créée par Abdelkrim… »

(passages extraits de l’ouvrage La nuit au bout du tunnel d’Abdelkrim Messaili).

Le conflit latent entre Imache et Messali va s’exacerber lors de la dernière assemblée générale de l’Etoile, le 27 décembre 1936. Amar Imache et Messali Hadj se succèdent à la tribune pour exposer chacun sa conception de la politique et sa vision pour l’Algérie de demain.

Lors de son intervention, Amar Imache bute contre l’hostilité de certains militants qui étouffent ses propos dans le chahut et les cris : « Vive Messali ! ». Il réplique : « Un parti doit suivre un programme et non se mettre à la remorque d’un homme ! ».

Le 26 janvier 1937, le Front populaire soutenu par le Parti Communiste français, prononce la dissolution définitive de l’Etoile nord-africaine.

Dans son édition du 29 janvier 1937, le journal « l’Humanité » écrit à ce propos : « M. Badin Commissaire spécial à la police judiciaire, s’est rendu hier 28 janvier, au siège de l’Association “l’Etoile nord-africaine” 1, rue Basse-des-Carmes. Le Magistrat a notifié à M. Imache Amar Secrétaire Général de l’Association, le décret de dissolution de “l’Etoile nord-africaine”, pris en Conseil des ministres le 26 janvier courant. »

Le 11 mars 1937, création du Parti du Peuple Algérien (PPA) par Messali Hadj. Amar Imache n’adhère pas à ce parti dont il juge le programme en retrait par rapport à celui de l’ENA qui avait inscrit l’indépendance de l’Algérie comme 1er point dans ses revendications.

Il se retrouve sans parti, sans travail et sans argent. Commence alors pour lui la traversée du désert.

Il survit grâce à ses amis qui le prennent en charge, notamment BEDEK Mohamed, un militant de l’Etoile originaire d’Aguemoun (Ath Aissi) qui l’hébergea un moment à Lyon.

Il écrira ainsi durant cette même année 1937, son 1er opuscule « l’Algérie au Carrefour – La Marche vers l’Inconnu ».

Cette brochure est un vrai réquisitoire contre la dissolution de l’Etoile nord-africaine et le projet Blum-Violette de 1936 qui prône l’assimilation et le rattachement de l’Algérie à la France.

En 1939, il écrira sa 2e brochure : « L’Afrique dans l’Angoisse » dans laquelle il dénonce la convoitise étrangère et l’attitude française en Afrique.

Cette brochure, il la payera cher. Les Allemands l’arrêteront au début des années 1940 et sera déporté dans des camps de concentration en Allemagne. Il ne sera libéré qu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Il revient complètement usé et malade et gardera des séquelles (paralysie des membres inférieurs) jusqu’à sa mort en 1960.

En février 1947, il rentre définitivement en Algérie.

Amar Imache décède dans la nuit du 6 au 7 février 1960, laissant 5 enfants en bas âge.

mercredi 4 juin 2014

Quelques vidéos et interviews autour de la vie d’Amar IMACHE

Emission radio Tizi 5 Fev 2014 Amar IMACHE

Emission radio Tizi 4 Fev 2014 Amar IMACHE


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Parution 2012 chez l’Odyssée édition “L’Algérie au carrefour - La Marche vers l’inconnu”

Ce livre préfacé par Benjamin STORA, est consacré aux différents écrits d’Amar IMACHE.
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Cet ouvrage se propose d’être une synthèse des brochures écrites en 1937, 1939 et 1946 par Amar IMACHE et rééditées à titre posthume, en hommage à sa mémoire. Nous avons jugé utile d’y annexer quelques articles qu’il avait rédigés lui-même dans EL OUMA, organe mensuel de l’Etoile Nord-Africaine, paru entre 1934 et 1936, et ce, en sa qualité de Secrétaire Général de ce parti politique et Rédacteur en Chef du journal.

Biographie

Imache Amar né le 7 juillet 1895 dans le village d’Ait-Mesbah, en Kabylie, dans l’actuelle commune d’Ath-Douala dans une famille de petits agriculteurs sans héritage économique ou politique, mort le 7 février 1960 est l’un des pionniers du nationalisme algérien.
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Vers l’âge de 8 ou 9 ans, il entre à l’école primaire de Taguemount-Oukerrouche, village de ses grands-parents maternels, distant de 2 km environ d’Ait-Mesbah et suit une scolarité primaire presque complète avec l’instituteur Ferrys, un Vosgien. Il commence à travailler très tôt, d’abord pour aider ses parents, puis pour gagner sa vie dans la Mitidja. Il émigre en France au milieu de la première guerre mondiale. Il y travailla dans diverses usines et entreprises comme l’attestent ses différents certificats de travail : - Manufacture Française des Pneumatiques Michelin à Clermont-Ferrand du 30 avril  au 17 novembre 1917 puis dans l’Etablissement des Constructions et Armes Navales dans la Charente du 6 décembre 1917 au 23 juillet 1918. En 1920, il descend dans les mines de charbon du Pas-de-Calais, où il fut affecté comme mineur de fond du 7 avril 1920 au 4 avril 1922. En 1924, il est à Paris où travaille la majorité des ouvriers Nord-Africains, dont environ 100 000 Algériens et quelques milliers de Marocains et Tunisiens. Le 7 décembre 1924, fut crée un syndicat dénommé le Congrès des Ouvriers Nord-Africains de la Région Parisienne, pour défendre les droits  de ces derniers. En mars 1926, ce syndicat devient un parti politique : L’Etoile Nord-Africaine qui revendique l’indépendance de l’Afrique du Nord et prône la lutte pour le progrès social. Vers 1925, il commence donc à glisser dans un autre monde, même si ce monde est encore celui de l’émigration. C’est la grande immersion dans une autre modalité de la communauté faite d’acculturation, avec ce qu’elle suppose d’arrachement et de métamorphose. Le 4 juin 1926, il est embauché en qualité d’Ouvrier Spécialisé à la parfumerie Roger & Gallet à Paris, et ce, jusqu’à décembre 1934. De simple militant, à la création de l’Etoile Nord-Africaine en 1926, où il s’affirme par ses positions anticolonialistes et ses convictions de nationaliste qui revendique l’indépendance de l’Afrique en général et de l’Algérie en particulier, il devient le n° 2 incontesté de l’Etoile au début des années 1930. Il était un rassembleur et un orateur hors du commun. A la création du journal « El-Ouma » en octobre 1930, Amar Imache fut désigné en qualité de Gérant et Messali comme Directeur Politique. Lors de l’assemblée générale du 28 mai 1933, on procéda à l’élection d’un Comité Central composé de 30 personnes  dont les principaux élus furent Messali, Imache, Radjef, Si Djilani, Moussaoui Rabah, Rebouh, Sefar et Banoune. Au Comité Directeur, on retrouve Messali comme Président et Directeur d’El Ouma, Imache comme Secrétaire Général et Rédacteur en Chef du journal et Radjef comme Trésorier. En novembre 1934, l’Etoile est de nouveau dissoute et ses principaux dirigeants arrêtés.Amar Imache est condamné le 5 novembre 1934 à 6 mois de prison et 2000 francs d’amende. Libéré en mai 1935, il reprend sa place au sein de la direction de l’Etoile. En 1936, il dénonce le projet Blum-Violette, selon lequel : « pour libérer l’Algérie, il faut d’abord la rattacher à la France » et « pour être citoyen Algérien, il faut d’abord être citoyen Français assimilé ». Il dénonce cette entreprise de division, visant cette fois à séparer le peuple algérien de son élite et soutient que : « Le premier gouvernement à forme républicaine et démocratique fut institué en Kabylie pendant qu’en France et ailleurs on ignorait ces mots » (l’Algérie au Carrefour). Il ne cesse de manifester dans sa démarche politique, son attachement à la coutume berbère. Convaincu que ces institutions peuvent donner à l’Algérie indépendante, un caractère social et démocratique, il plaide longtemps pour la prise en compte des structures sociales, politiques et économiques berbères : âarch : (communautés villageoises) et tajmâat : (assemblée élue du village). Il lutte non seulement pour l’indépendance de l’Algérie et la sauvegarde de l’identité algérienne, mais aussi pour la libération de tous les peuples opprimés, particulièrement en Afrique. Lors de l’occupation de l’Ethiopie par l’Italie, Amar Imache mène une vigoureuse campagne contre cette occupation. « Tous les Africains, sans distinction de religion, doivent manifester contre le fascisme italien, tous les Africains doivent s’unir pour combattre l’impérialisme en Afrique » déclare-t-il le 22 août 1935 dans le journal El Ouma, reprenant ainsi le mot d’ordre de son ancêtre Massinissa : « L’Afrique aux Africains ! ».
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(Photo-archives famille Amar Imache)

DÉLÉGATION DE L’ETOILE NORD-AFRICAINE EN SEPTEMBRE 1935 POUR ASSISTER AU CONGRES ISLAMO-EUROPEEN DE GENEVE EN SUISSE. De gauche à droite : BANOUN AKLI, MESSALI HADJ, L’EMIR CHEKIB ARSLAN, DJABRI BEY, IMACHE AMAR et BEDDEK MOHAMED.


A la veille de la seconde guerre mondiale, il dénonce aussi bien la convoitise étrangère que l’attitude française qui ne regardent l’Afrique du Nord que sous l’angle de la défense de leurs intérêts. Il déclare que : « Les Africains sont intéressés à la défense de leur pays et dénient aux uns et aux autres, aussi bien le droit de les marchander que de les convoiter » (Brochure l’Afrique dans l’Angoisse). Au moment où Messali vit en exil à Genève auprès de Chekib Arslan (décembre 1935 – juin 1936), c’est Imache avec Yahiaoui, Nouira et Radjef qui dirigent l’Etoile. Au retour de Messali, une première divergence va opposer les deux hommes au cours de l’été 1936.
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DELEGATION DE L’ENA AU MINISTERE DE L’INTERIEUR LE 20 JUIN 1936, POUR PRESENTER LE CAHIER DES REVENDICATIONS DE L’ETOILE. (Suppression du code de l’indigénat, liberté de presse, de réunion, d’association, application des lois sociales aux ouvriers Nord-Africains, tel le droit aux allocations familiales, assurances sociales…). 
Les documents - archives de la famille Amar Imache, particulièrement le journal El Ouma n° 41 de juillet-août 1936 d’où est puisée cette photo, ne mentionnent pas les noms des membres qui composent cette délégation. Toutefois, on reconnait sur la photo BANOUN Akli à gauche, MESSALI Hadj au milieu et Amar IMACHE à droite.
Le conflit latent Imache-Messali qui éclate au sein du Comité Directeur, à propos du Front populaire espagnol, va s’exacerber lors de l’assemblée générale du 27 décembre 1936. Imache reproche à Messali de s’être réfugié en Suisse pour se soustraire à l’arrestation, ainsi que son long séjour en Algérie (août à novembre 1936) non approuvé par le Comité Directeur. Il dénonce aussi l’atteinte au fonctionnement démocratique de l’Organisation et le culte de la personnalité. Une autre divergence et non des moindres, porte sur l’attitude à adopter à l’égard du Front populaire espagnol, lequel par l’intermédiaire du PCF, sollicite auprès de l’ENA un engagement actif en contrepartie d’une aide matérielle et financière, auquel Amar Imache s’est catégoriquement opposé. Les dirigeants Kabyles derrière Imache et Yahiaoui, réclament au contraire une offensive politique contre le PCF. Ils lui reprochent son virage au nom de la priorité de la lutte anti-fasciste (pacte Laval-Staline) en matière de lutte anticoloniale et prônent le refus de tout soutien au Front populaire espagnol accusé de ne pas vouloir accorder son indépendance au Rif. C’est la rupture totale et définitive entre le PCF, le Front populaire espagnol et les dirigeants nationalistes Kabyles (Imache, Si Djilani et Yahiaoui). Ahmed Yahiaoui appuie Imache dans son opposition à Messali. Après la dissolution de l’Etoile dont tous les membres sont Kabyles (Imache, Radjef, Banoun, Khider, Moussaoui, Yahiaoui, Si Djilani), excepté Messali Hadj, ce dernier crée le 11 mars 1937, un nouveau parti : Le Parti du Peuple Algérien (PPA). Son programme en retrait par rapport à celui de l’Etoile qui revendique l’indépendance totale de l’Algérie, consomme la rupture entre Imache et Messali. Il refuse donc d’adhérer à ce Parti et invite les militants à « suivre un programme et non à se mettre à la remorque d’un seul homme » (Lettre d’Adieu). Après la dissolution de l’ENA, il écrit la brochure « l’Algérie au Carrefour » en 1937, dans laquelle il dénonce le projet Blum-Violette qui prône l’assimilation et le rattachement de l’Algérie à la France. En 1939, au moment où éclate la seconde guerre mondiale, il rédige la brochure « L’Afrique dans l’Angoisse ». Au début des année 1940, il est arrêté en tant que secrétaire général de l’ex. ENA et placé dans un camp de regroupement où il retrouve quelques anciens camarades et cadres du PPA. Il refuse après juin 1940 de travailler avec le gouvernement de Vichy et de jouer la carte de collaboration avec l’Allemagne. Il y est déporté dans des conditions qui restent mal connues et se retrouve dans un camp où il est affecté à la surveillance d’ouvrières russes qui, dira-t-il à son retour, “tombaient comme des mouches”. Libéré en 1945, il en revient définitivement marqué et boiteux. En 1946, il écrit la brochure “l’Heure de l’Elite” pour dénoncer l’attitude des intellectuels algériens (les « Zélus ») qui ont abandonné le peuple à son triste sort et ont accepté de siéger au Palais Bourbon  contre la volonté de ce peuple noyé dans la misère (épidémie de typhus, manque de nourriture, de soins…). Durant la même année, un an après la fin de la seconde guerre mondiale et les massacres du 8 mai 1945, il écrit la brochure « Cyclones sur le monde ». Il y a dénoncé « la responsabilité des hommes qui, par leurs fautes volontaires, ont fait deux fois de suite le malheur du monde ». Les événements du 8 mai 1945 où des dizaines de milliers d’Algériens sont massacrés ont été dénoncés et condamnés également. Après ces années de détention dans les cellules froides et les camps de concentration, il est complètement usé et malade. Avant de quitter la France, il crée avec Si Djilani le Parti de l’Unité Algérienne (P.U.A) qui se propose notamment de débattre de la religion musulmane et de combattre le fanatisme. Mais une conjonction d’événements survenus sur la scène algérienne, maghrébine, française et internationale a raison de ce Parti. En février 1947, Amar Imache rédige une lettre d’adieu à ses compatriotes et rentre définitivement en Algérie. Cette lettre intitulée « Lettre d’Adieu aux Algériens Résidant en France » est un  appel à l’union, à la fraternité, mais aussi une mise en garde contre la duperie et le culte de la personnalité (à l’intention de ceux qui adoraient Messali). Cette mise en garde a fait son chemin à l’intérieur du MTLD, puisque ces propos (culte de la personnalité, mégalomanie) seront largement repris par les oppositions à l’intérieur de ce Parti. En 1948, Amar Imache s’est marié tardivement dans son village natal. Il rejoint durant la même année l’Union Démocratique du Manifeste Algérien (UDMA) de Ferhat Abbas jusqu’en 1951. A la même période, pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, il occupe le poste de magasinier dans la Société d’Import-Export, le Comptoir Nord-Africain Amal à Alger. Son état de santé s’étant dégradé, son médecin traitant le déclare inapte au travail avec un taux de 100% d’incapacité permanente partielle. Il rentre dans son village natal, à la veille du déclenchement de la révolution armée où il continue néanmoins à prodiguer ses conseils aux responsables de l’ALN qui le sollicitaient. Cette période est entrecoupée d’un séjour d’un an environ chez ses beaux parents au village d’Ait-Idir. Il meurt le 7 février 1960 à Ait-Mesbah, pendant le blocus alimentaire imposé par l’armée française à la population du village pour la contraindre à se rallier, laissant cinq enfants en bas âge.
Ses écrits :
  1. L’Algérie au carrefour (brochure)
  2. L’Afrique dans l’angoisse (brochure)
  3. Cyclones sur le monde (brochure)
  4. L’heure de l’élite (brochure)
  5. Le procès de mes aïeux (article dans le journal El Ouma)
  6. Les âmes en peine (article dans le journal El Ouma)
  7. Les exilés volontaires (article dans le journal El Ouma)
  8. Le Harakiri des monstres (article dans le journal El Ouma)
  9. Sa majesté le code (article dans le journal El Ouma)
  10. La Croix contre le Croissant (article dans le journal El Ouma)
  11. Les délégués musulmans à Paris. Faut-il rire, faut-il pleurer (article dans le journal El Ouma)
  12. Souscription nationale frères musulmans (article dans le journal El Ouma)
  13. Le vrai visage de l’impérialisme - La Répression s’aggrave  (article dans le journal El Ouma)
  14. Le droit des peuples  (article dans le journal El Ouma)
  15. Une monstrueuse iniquité  (article dans le journal El Ouma)
  16. La lettre d’adieu aux Algériens résidant en France
SOURCES : 
- Famille Amar Imache ;
- Mahfoud KADDACHE, histoire du nationalisme algérien 1919 – 1951 Tome I – SNED Alger 1980 ;
- Amar OUERDANE, La question berbère dans le mouvement national algérien 1926 – 1980 Edition Epigraphe – Edition Dar El Ijtihad – Alger, 1993 ;
- Omar CARLIER, Le Cri du Révolté  Imache Amar, Un itinéraire Militant, ENAL Alger 1986 ;
- Benjamin STORA, dictionnaire biographique des Militants Nationalistes Algériens, 1926 – 1954 – Paris l’Harmattan 1985.